Par Martin-Pierre Nombré, directeur développement stratégique. Il était une fois, au cœur d’un vaste territoire de rivières et de forêts traversé par un grand fleuve, une maison aux fondations solides et aux fenêtres grandes ouvertes. On l’appelait la Caisse d’économie solidaire Desjardins. Elle n’était ni la plus riche ni la plus imposante des maisons du royaume. Mais elle avait quelque chose de rare : un cœur battant au rythme des gens.
Ses origines
Elle est née quelques années après la révolution qui a secoué tranquillement le royaume, plus précisément le 13 février 1971. C’était une période où l’économie du royaume ne payait pas de mine, et le taux de chômage avoisinait 10 %. Son père spirituel était un homme persévérant nommé André Laurin, qui rêvait d’un monde où l’argent ne serait pas une contrainte mais un levier — et où l’ennemi clairement identifié était le profit individuel. Le taux d’intérêt à 0 % en était le symbole. Une de ses déclarations célèbres est la suivante :
« Il n’existe qu’une seule contestation qui soit vraie, c’est celle qui construit. Contester, c’est construire en parallèle de ce qui existe, quelque chose que l’on croit être mieux que le présent. »
Les rumeurs racontent que, dans la journée du 13 février du deuxième mois de l’année 1971, le jour de sa naissance, plusieurs curieux se sont pointés dans l’espoir d’être témoins d’un accouchement avorté. Sa mère, plus ancienne encore, s’appelait Solidarité. On disait d’elle qu’elle était née le jour où deux voisins décidèrent de s’entraider plutôt que de se concurrencer. De cette coopération sont nées des valeurs fortes : démocratie, justice, entraide, responsabilité… Mais la Caisse n’était pas enfant unique.
Sa grande famille
Elle faisait partie d’une vaste lignée appelée le Mouvement Desjardins. Ses frères et sœurs étaient nombreux : certains impressionnaient par leur taille, d’autres par leurs tours de ventre et leurs bilans financiers. Ils parlaient souvent de croissance et de parts de marché, d’indice de productivité, de clients… Elle les aimait, bien sûr. Elle partageait leur nom, leur histoire, leurs racines coopératives. Mais elle avait choisi une voie un peu différente. Tandis que d’autres comptaient les rendements, elle, elle comptait les impacts. Quand un projet frappait à sa porte, elle ne demandait pas seulement : « Est-ce que votre projet est viable ? » Elle demandait aussi : « Qui cela aide-t-il ? Est-ce que les gens du royaume appuient le projet ? » On la voyait souvent en compagnie d’artistes, de coopératives d’habitation, d’organismes communautaires, de syndicats et d’entrepreneurs sociaux. Certains la surnommaient « la sœur engagée ». D’autres, « la conscience de la famille ».
Elle ne cherchait pas à être rebelle. Elle cherchait à être fidèle.
Les épreuves
Les années passèrent, et les vents se levèrent. Il y eut des tempêtes économiques, des crises climatiques, des inégalités qui creusaient des fissures dans le royaume. Des voix murmuraient : « Deviens comme les autres. Sois plus dure. Plus rentable. Moins idéaliste. » La Caisse douta parfois. Mais chaque fois qu’elle regardait les logements construits, les emplois protégés, les projets culturels développés, les communautés renforcées, elle se rappelait le serment de son père spirituel : l’argent est un outil, pas une fin.
Son avenir
Dans les contes, l’avenir appartient à ceux qui osent. La Caisse pourrait devenir une éclaireuse dans la transition socioécologique, finançant des projets qui réparent la terre plutôt que de l’épuiser. Elle pourrait devenir une école vivante de démocratie économique, rappelant que l’on peut voter non seulement aux urnes, mais aussi avec ses choix financiers. Elle pourrait devenir un phare discret dans un monde méfiant envers les institutions.
Mais son avenir n’est écrit ni dans la pierre ni sur une pièce de monnaie. Son véritable trésor ne dort pas dans ses coffres : il vit dans ses membres.
À chaque génération, ce sont eux et elles qui décident si la maison restera fidèle à ses origines. S’ils et elles continuent d’y apporter leurs rêves, leurs exigences, leur vigilance, alors la Caisse vieillira sans se figer. Elle grandira sans se trahir.
Et peut-être qu’un jour, lorsque d’autres institutions chercheront un sens nouveau à leur existence, elles viendront frapper à sa porte. Et elle leur dira simplement : La richesse la plus durable est celle que l’on partage. Et l’histoire continuera.
Maintenant, à vous : quel avenir voyez-vous pour cette maison nommée la Caisse ?