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Plan d’action gouvernemental en économie sociale 2020-2025 :  Misons davantage sur une économie née de la volonté citoyenne

La période actuelle de crises – économique, sanitaire et climatique – met bien en évidence toute l’importance d’une économie plurielle : publique, privée, et surtout sociale. Cette dernière, née des revendications citoyennes, s’active sur les lignes de front de toutes ces crises pour répondre aux besoins essentiels des personnes : alimentation, santé, soins à domicile, habitation abordable, transition écologique. Ces entreprises collectives forgent une vision inclusive d’un développement. Ils nous permettent d’envisager que les générations futures puissent bénéficier d’un monde plus juste, inclusif et vert.

À ce contexte s’ajoute l’intérêt accru des Québécois pour la finance responsable, qui nous a été révélé par le dernier portrait réalisé par l’Institut de recherche économique contemporaine. Nous constatons que depuis une décennie, les investissements des organisations et des citoyens n’ont cessé de croître en économie sociale. Nous avons constaté le même engouement chez nous, où nos prêts directs aux entreprises d’économie sociale ont connu une croissance de 160% de 2006 à 2019; passant de 253 millions $ en 2016 à 659 millions $ en 2019.

De ces prêts, une grande partie sert à financer le logement abordable; plus précisément 14 820 logements décents pour celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent plus suivre le marché. Mais ce n’est pas assez.  Le Québec a besoin de 50 000 nouveaux logements sociaux et communautaires au cours des cinq prochaines années. C’est un plancher. Pas moins de 457 375 ménages locataires québécois, dont le tiers à Montréal, consacrent plus de la norme de 30 % de leur revenu à leur loyer. Ottawa et Québec viennent de s’entendre pour y investir. Un bon logement qu’on peut se payer est une condition nécessaire à la santé, à l’intégration et à la stabilité sociale.

C’est dans ce contexte critique que le gouvernement du Québec vient de présenter un plan d’action gouvernemental en économie sociale 2020-2025 qui renforce la collaboration des acteurs de l’économie sociale dans les régions et par secteurs d’activité. Nous applaudissons leur volonté de construire sur les outils citoyens de développement local pour donner plus de place aux initiatives d’économie sociale, au sein de notre économie.

Nous saluons également la volonté du Gouvernement du Québec d’étudier la faisabilité de créer un Fonds d’acquisition d’entreprises destinées à la reprise collective. Les exemples à succès de ce côté sont probants. Nous n’avons qu’à penser au regroupement des quotidiens régionaux Le Soleil, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien, Le Droit, et La Voix de l’Est pour former la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) ; transformation à laquelle nous avons contribué.

Les moments de crise sont souvent l’occasion de nous remettre en question, de faire des apprentissages pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Des analyses de la crise de 2008 (Mintzberg, Stiglitz, Jackson) recommandent la présence d’une économie alternative forte et la recherche de l’épanouissement humain, dans le respect des êtres vivants et de la Terre.

Qui osera maintenir que seul le marché donnera les réponses à la crise actuelle ?  Qui osera soutenir que l’intervention de l’État ne contribue pas à traverser cette zone de turbulence avec un peu plus de flegme ? Enfin qui osera remettre en question la contribution de l’économie sociale en cette période trouble ? C’est l’avenir de notre société que de répondre aux besoins réels des citoyens, des communautés et de l’humanité. Misons davantage sur les pratiques gagnantes !

 

Marc Picard

Directeur général de la Caisse d’économie solidaire Desjardins

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