Se loger correctement : un investissement social nécessaire

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Nous demandons à nos gouvernements d’agir

Nous nous adressons aux élus, responsables de veiller au bien-être collectif. À l’aube du dépôt d’un nouveau projet de loi de relance de l’économie du Québec et du discours du trône du gouvernement fédéral qui annoncera ses intentions, nous réclamons un filet social nécessaire en matière d’habitation.  Offrir des logements décents à coût abordable est l’un des enjeux les plus criants, partout dans le monde. Dans une société riche comme la nôtre, il n’y a aucune raison que cette situation persiste.

Cet été, nous avons vécu un autre premier juillet qui a laissé pour compte plusieurs ménages. Au moins 370 familles n’ont pas trouvé de logements pour se loger au Québec, sans compter toutes les personnes forcées de louer un logement trop cher, insalubre ou inadéquat!  Cela, malgré le plan d’action du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation qui prévoyait investir une somme de 71,5 millions pour éviter que des locataires se retrouvent à la rue. Une situation inacceptable qui s’accélère depuis des années. Nous avons pourtant le pouvoir de changer les choses. Ce n’est pas que le marché qui génère cette situation. L’État doit exercer son rôle de régulateur, de veiller au bien-commun, de ne laisser tomber personne et de mettre en œuvre le droit au logement pour toutes et tous.

Cette année, la crise du logement a été exacerbée par la pandémie et les pertes d’emplois, temporaires ou permanentes, qui en découlent. Certes, mais la situation n’est pas nouvelle. Souvenons-nous que le financement de logements sociaux a été sacrifié dans les années 1990, ce qui a provoqué « la crise des années 2000 ». Selon des données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le taux d’inoccupation des logements était de 1,8 % au Québec en 2019, et de 1,5 % dans la grande région de Montréal, soit le plus bas taux d’inoccupation en 15 ans. C’est deux fois moins que le seuil d’équilibre établi à 3 % par la SCHL. Dans la même période, les loyers ont augmenté de 5,7 % à Montréal entre 2018 et 2019.Cette situation a toujours des conséquences dramatiques sur les ménages surtout ceux dirigés par des femmes[i].

Québec et Ottawa doivent apprendre des erreurs du passé. Nous refusons de fermer les yeux et d’être indifférents.  Les conditions de logements sont et demeurent un des indicateurs le plus probant des inégalités sociales au sein de notre société. En juin 2020, une étude publiée par L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) démontrait à quel point la situation des locataires québécois se détériore. Les analyses du FRAPRU basées sur les données des différents recensements arrivent à la même conclusion.  La situation au premier juillet est un indicateur largement médiatisé certes mais plus encore, la hausse des loyers sans aucune mesure avec celle des revenus des ménages les plus pauvres, exacerbe ce problème social.

Nous réclamons l’accès à un logement décent et abordable pour toutes et tous, et ce, sur l’ensemble du territoire québécois. Nous demandons aux deux paliers de gouvernement d’accélérer les investissements pour construire des logements sociaux et communautaires. Les membres de l’Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ) ont présentement 180 projets totalisant 10 000 logements sociaux et communautaires à travers le Québec qui – pour être déployés – ont besoin à nouveau d’investissement du programme gouvernemental AccèsLogis. Nous estimons qu’il faut aller au-delà des strictes dimensions économiques.

À court terme, un consensus se dégage chez plusieurs composantes du mouvement social de l’habitation communautaire à l’effet que le Québec a besoin de 50 000 nouveaux logements sociaux et communautaires au cours des cinq prochaines années. C’est un plancher. Pas moins de 457 375 ménages locataires québécois, dont le tiers à Montréal, consacrent plus de la norme de 30 % de leur revenu à leur loyer.  Le secteur locatif privé est incapable de répondre aux besoins des familles à faible et modeste revenu.  Bénéficier d’un bon logement qu’on peut se payer est une condition nécessaire à la santé, à l’intégration et à la stabilité sociale.

Ne pas laissez tomber les locataires sans logis, est certes une priorité. Or plus encore, ne pas laisser tomber les ménages mal logés du fait de la part du revenu consacré au logement ou encore, parfois de façon cumulative, ceux qui sont mal logés en fonction de critères de salubrité ou encore en fonction de la relation entre la taille du logement et celle du ménage. La relance économique est un moment crucial pour se rattraper et construire des communautés plus conviviales, résilientes et solidaires ainsi qu’ un atout pour le développement social et la santé publique. Il s’agit d’un investissement qui doit être considéré dans toute réflexion sur la relance.

Marc Picard, directeur général, Caisse d’économie solidaire Desjardins
Véronique Laflamme, porte-parole, Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)
Alain Marcoux, président, Association des groupes de ressources techniques du Québec


[i] À partir de chiffres souvent inédits du recensement mené en 2016 par Statistique Canada, le FRAPRU révèle que les femmes, alors qu’elles sont responsables de plus de la moitié des ménages locataires, ont un revenu annuel de 6078 $ de moins que celui des ménages sous la responsabilité d’un homme.

 

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